Une participation durable de la collectivité grâce aux manifestations parasportives

Une participation durable de la collectivité grâce aux manifestations parasportives

La Conférence 2017 de l’Initiative de recherche de Sport Canada (Résumé du Transfert des connaissances)

Investigateurs : Laura Misener, Université Western; David Legg, Université Mount Royal; Gayle McPherson et David McGillivray, Université West of Scotland

Vidéo de la présentation de la conférence de l’IRSC. (Video en anglais seulement)

Résumé du projet

Objectifs de recherche :

Laura Misener présente à la conférence IRSC 2017

Le but de ce projet était d’examiner comment la tenue de différentes manifestations sportives pour les personnes handicapées est utilisée pour favoriser la participation de la collectivité et influencer les attitudes de la collectivité à l’égard de l’invalidité. Des recherches sur les manifestations sportives soulignent la nécessité d’utiliser intentionnellement et stratégiquement les programmes et les possibilités connexes à la manifestation si l’on souhaite obtenir des effets positifs durables pour la collectivité hôte. Afin d’examiner ces questions, nous nous sommes penchés sur deux différents types de manifestations sportives de grande envergure : des événements intégrés au cours desquels des athlètes non handicapés et des athlètes handicapés s’affrontent (Jeux du Commonwealth 2014 à Glasgow, en Écosse), et des événements non intégrés qui comprennent un événement distinct pour les athlètes handicapés séparé dans le temps, mais ayant lieu dans le même emplacement ou dans un emplacement semblable (Jeux panaméricains et parapanaméricains de Toronto 2015). Chacune des villes ayant accueilli ces jeux s’était fixé des objectifs précis quant à l’amélioration de l’accessibilité et la progression de l’inclusion sociale des personnes handicapées dans la région hôte. Nous avons donc tenté d’examiner comment ces objectifs ont été utilisés pour créer des ressources stratégiques pouvant être mises à profit pour la collectivité hôte.

Conclusions :

  • Il importe d’avoir des initiatives plus globales en ce qui a trait aux politiques relatives aux manifestations, mais ces initiatives doivent s’appuyer sur les contributions de tous les intervenants, y compris les personnes handicapées, dont les voix étaient essentiellement absentes.
  • Une amélioration des attitudes à l’égard des personnes handicapées était mesurable immédiatement après les manifestations sportives, mais la relation de cette amélioration avec les comportements sociaux et les expériences vécues est mal comprise.
  • Les améliorations apportées à l’accessibilité en milieu urbain dans le cadre de la manifestation sont souvent temporaires et hautement contextuelles.
  • Les changements structuraux et sociaux ne surviendront pas nécessairement pendant le cycle de vie des jeux, mais les stratégies mises en œuvre pour ces jeux pourraient améliorer les possibilités de participation à long terme.
Méthodes de recherche
Photo: Dan Galbraith/Comité paralympique canadien

Nous avons recueilli des données qualitatives et quantitatives pour les deux manifestations sportives.

Nous avons examiné 42 documents de politique pertinents (p. ex. : soumissions, évaluations). Ensuite, nous avons réalisé des entrevues stratégiques avant et après les manifestations avec les décideurs des comités organisateurs (CO), des administrations locales et des gouvernements provinciaux, des groupes consultatifs et des manifestations sportives, soit 19 entrevues pour les Jeux du Commonwealth de 2014 de Glasgow (JC2014) et 23 entrevues pour les Jeux panaméricains et parapanaméricains de Toronto 2015 (TO2015) réalisées entre janvier 2014 et octobre 2015. Les entrevues portaient sur la possibilité d’amélioration de la participation des personnes handicapées offerte par les manifestations.

Des observations sur place ont été faites tant pendant les manifestations des JC2014 que des TO2015, avec un accent placé sur l’accessibilité, la représentation des personnes handicapées et des parasports, les connaissances des spectateurs et les impressions globales de la mise à profit liée à la manifestation.

Les données de sondage ont été recueillies à l’aide d’une mesure globale des attitudes, l’outil Scale of Attitudes Towards Disabled Persons (SADP; Antonek, 1981), auprès de bénévoles avant et après l’événement et de spectateurs aux deux manifestations. Pour les JC2014, ce sont 2860 bénévoles au total qui ont répondu au sondage avant l’événement, et 1824 bénévoles au sondage après l’événement. Pour les TO2015, 2896 bénévoles ont répondu au sondage avant l’événement, et 1331 bénévoles au sondage après l’événement. Les sondages à l’intention des spectateurs sur place ont été réalisés à l’aide de tablettes électroniques auprès de 784 spectateurs aux JC2014 et de 1062 spectateurs aux TO2015. L’analyse des données s’est penchée sur comment la participation ou l’exposition à une manifestation parasportive intégrée ou non intégrée influence les attitudes envers les personnes handicapées, ainsi que sur la relation entre la connaissance de l’événement et les attitudes.

Résultats de recherche

Les résultats montrent qu’on a mis à profit les TO2015 au moyen d’une approche politique hautement stratégique et intégrée afin d’obtenir une accessibilité accrue concordant avec une compréhension sociale de l’invalidité, tandis que les JC2014 ont mis en œuvre une planification des legs avec une intention stratégique insuffisante, ce qui a réduit les gains sociaux potentiels à long terme.

L’accent placé sur la diversité lors des TO2015 a permis de promouvoir une idéologie d’inclusion qui couvre tous les aspects de l’accessibilité et des possibilités, une idéologie qui s’est intégrée graduellement à la structure et au fonctionnement de l’organisation. Le CO a tenté d’utiliser les jeux en tant que catalyseur pour les questions relatives à la diversité, à l’inclusion et à l’accessibilité en mobilisant les dirigeants des collectivités par l’entremise de tribunes/groupes consultatifs ciblés, dont certains sont demeurés actifs après les jeux. Cependant, l’approche intégrée utilisée pour organiser la manifestation signifie aussi que la distinction concernant les parasports et les initiatives propres aux handicaps a continué de souffrir d’un manque de ressources, en raison des priorités relatives au rendement des jeux. Les initiatives stratégiques présentées dans la soumission pour les JC2014 et avant la tenue des jeux suggèrent que l’accessibilité et les occasions de diversité jouaient un rôle primordial dans les plans de legs. Le CO n’a toutefois alloué aucune ressource à ces initiatives, et les programmes externes mettaient l’accent sur les objectifs liés aux performances d’athlètes d’élite plutôt que sur la participation globale.

Au cours des deux manifestations sportives, de nombreuses occasions de changement social ont été manquées, comme la représentation des personnes handicapées dans les médias et les commentaires, ainsi que des occasions d’amélioration de l’accessibilité externe de base (p. ex. : transport). Après les jeux, malgré la présence de quelques nouvelles installations sportives parfaitement accessibles, on relève peu de stratégies de mises à profit visant clairement et directement à améliorer la participation des personnes handicapées. Il est primordial d’aplanir les obstacles quotidiens, notamment sur les plans du transport accessible, des services de soutien (p. ex. : entraîneurs, personnel), des inégalités socioéconomiques et des parcours de développement, et la lacune observée à cet égard démontre que le potentiel présenté par la manifestation a été négligé.

Les données relatives aux spectateurs indiquent un léger changement à l’égard de la sensibilisation aux enjeux liés à l’invalidité à la suite des manifestations; toutefois, les bénévoles qui pourraient avoir eu un contact direct avec les athlètes paralympiques montraient un changement plus prononcé dans la compréhension et la sensibilisation à l’invalidité. Pour chaque manifestation sportive, on dénote une petite amélioration de l’attitude des bénévoles à l’égard de l’invalidité après la tenue des jeux (JC2014 ~3%; TO2015 ~1%). Pareillement, 30 % des spectateurs des JC2014 et 55 % des spectateurs des TO2015 ont indiqué que les jeux ont changé leur attitude à l’égard des personnes handicapées. Néanmoins, les résultats du sondage font état d’une perception générale très favorable à l’égard des questions touchant l’invalidité; on assiste donc probablement à un effet de plafonnement du côté de la capacité des manifestations d’avoir une réelle incidence sur les attitudes. Il reste donc à savoir si ces attitudes d’apparence positive envers l’invalidité engendrent des comportements positifs.

Répercussions sur les politiques

Notre étude a démontré que les manifestations sont une occasion d’adopter des interventions qui pourraient accorder la priorité à l’amélioration de l’accessibilité sur les plans de l’éducation, du transport, de la fourniture d’installations et du développement des disciplines parasportives. On a toutefois constaté que l’exploitation de la manifestation sportive en soi est souvent limitée par les impératifs opérationnels liés à la prestation des événements pour les personnes non handicapées, au détriment des questions relatives aux personnes handicapées. Si l’on veut que les manifestations sportives d’envergure fassent partie d’un programme de changement social, des stratégies précises et réalistes de mise à profit intégrées aux infrastructures communautaires doivent donc être conçues et dotées des ressources nécessaires. Les manifestations sportives d’envergure qui comprennent des composantes parasportives peuvent accélérer et accentuer les résultats bénéfiques pour les personnes handicapées si l’on reconnaît que les inégalités structurelles ne peuvent pas être atténuées au cours des jeux. Les villes qui accueillent les manifestations doivent être tenues responsables de l’atteinte de résultats durables dotés des ressources appropriées qui permettent d’améliorer les inégalités sociales. Ainsi, les politiques sportives doivent, en général, mettre l’accent sur une participation inclusive et accessible, et prendre soin de ne pas imiter la tendance du milieu des sports pour personnes sans handicap de se concentrer d’abord ou uniquement sur les investissements dans le développement du sport d’élite et de négliger les inégalités qui empêchent d’obtenir une participation généralisée de la collectivité.

Prochaines étapes
Photo: Adam Pulicicchio/Comité paralympique canadien

Il faut poursuivre les recherches afin d’examiner l’incidence des manifestations parasportives sur la pratique du sport et de l’activité physique pour les personnes handicapées dans la ville hôte une fois la manifestation terminée. Les stratégies et les ressources élaborées dans le cadre de la manifestation contribuent‑elles à offrir davantage de possibilités aux personnes handicapées de devenir physiquement actives, et à quelle fin? La recherche devra tenter de déterminer si les stratégies du processus entourant les manifestations s’attaquent aux obstacles à la participation au sport et à l’activité physique en créant de nouveaux parcours vers la participation, et l’incidence des mesures prises sur les expériences vécues par les personnes handicapées, le cas échéant. Il y a aussi un besoin urgent de se pencher sur la façon dont l’invalidité est représentée dans les processus entourant les manifestations, soit au détriment ou à l’avantage des personnes handicapées.

Principaux intervenants et avantages

Les groupes ou les organisations qui tentent de mettre à profit une manifestation parasportive afin de favoriser la participation de la collectivité et d’influencer les attitudes de la collectivité à l’égard des personnes handicapées peuvent tirer profit des données de la présente étude, soit :

  • les comités organisateurs de manifestations sportives (p. ex. : TO2015) et les fédérations internationales responsables de manifestations sportives (p. ex. : Organisation sportive panaméricaine, Fédération des Jeux du Commonwealth);
  • les villes hôtes futures de jeux d’envergure (p. ex. : Jeux du Canada à Niagara);
  • les ONS, les OPS et les OSM intégrés et non intégrés;
  • le Comité international paralympique, le Comité paralympique canadien et le Comité international olympique;
  • le ministère du Tourisme, de la Culture et du Sport;
  • les directions responsables de l’accessibilité.

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